Série «10e anniversaire»
Au-delà du terrain: le conseil scientifique
Par: Marijo Gauthier-Bérubé et Daniel Laroche, IRHMAS
Malgré l’image populaire de l’archéologue avec une truelle et un pinceau à la main, la fouille n’est que l’un des aspects de notre travail. Notre quotidien est, en fait, assez diversifié ! Non seulement chaque projet sur le terrain est généralement précédé d’une étude de potentiel pour analyser l’historique d’une zone et évaluer la possibilité de retrouver des traces matérielles, mais nous devons aussi passer par des demandes de permis auprès de différentes autorités municipales, provinciales et fédérales. Puis, chaque projet doit obligatoirement faire l’objet d’un rapport archéologique complet devant être remis dans l’année qui suit l’intervention.
Et parfois, au-delà des études de potentiel, de la fouille, des permis puis de la rédaction de rapports ou d’articles, nous sommes sollicités pour d’autres types de projets qui impliquent nos connaissances sur le milieu du patrimoine maritime. Depuis 2016, l’IRHMAS a été sollicité pour différents projets muséologiques en participant notamment à des comités scientifiques ou à titre d’experts sur des projets de validation de contenu d’exposition.
En 2017, nous avons agi à titre de consultants scientifiques auprès du Musée maritime du Québec J.E. Bernier de L’Islet pour l’exposition permanente Le temps des chaloupes ! Bien qu’il ne participe pas directement à la recherche et la production de l’exposition, le comité scientifique peut bonifier ou rectifier le contenu selon son expertise. Cette exposition aborde les différentes formes et les usages des chaloupes et présente quelques aspects techniques de leur construction.
Puis en 2020, durant le projet de revitalisation de son parc fluvial, nous avons pu partager nos connaissances avec le Musée maritime du Québec J.E Bernier en participant à la validation des textes et du contenu visuel des présentoirs installés à l’extérieur. L’exercice n’est pas toujours facile, car il faut souvent synthétiser l’information en seulement quelques phrases, voire quelques mots, et s’assurer que les informations visuelles soient adéquates sans être trop chargées. La vulgarisation scientifique est un art que l’on doit maîtriser pour trouver une bonne balance entre l’accessibilité et les informations à communiquer : il faut faire passer un message sans assumer que nous nous adressons à un public d’experts tout en fournissant les bonnes informations
En 2025, le Musée du Fort Saint-Jean a lancé son exposition temporaire sur l’invasion américaine de 1775. Au sein du parcours, une petite section était consacrée au projet de l’épave de la rivière Richelieu sur laquelle nous travaillons depuis 2016. L’espace est petit, il fallait bien choisir les objets à mettre en vitrine et rédiger un texte court, mais efficace pour accompagner la petite exposition. Limité à environ 125 mots, on tourne chaque phrase dans tous les sens pour valider chaque mot et s’assurer que nous réussissons à bien communiquer l’essentiel d’un projet qui dure depuis bientôt 10 ans !
Au-delà des expériences muséologiques, notre expertise est aussi parfois sollicitée pour assister différents organismes gouvernementaux. En 2019, nous avons accompagné et conseillé le ministère de la Culture et des Communications dans l’élaboration d’une méthodologie d’évaluation des épaves patrimoniales dans le but de faciliter leur reconnaissance au titre de bien culturel. Ce processus a demandé l’arrimage des considérations scientifiques avec des critères compatibles avec les enjeux de classement des biens culturels selon les lois en vigueur. Nous avons aussi déposé différents mémoires auprès du gouvernement afin d’appuyer la protection du patrimoine archéologique subaquatique, intertidal et côtier comme en 2016 où nous avons produit un document intitulé Le patrimoine maritime et subaquatique un affluent culturel et identitaire incontournable dans le cadre de la consultation publique sur le renouvellement de la politique culturelle au Québec. Plus récemment, en 2024, l’IRHMAS a apporté son appui pour l’agrandissement du parc marin du Saguenay en mettant de l’avant l’importance d’identifier, de protéger et de valoriser le patrimoine archéologique submergé du territoire.
Loin des projecteurs du terrain, notre travail nous amène aussi à travailler en coulisses des expositions ou en appui à différentes initiatives politiques. C’est ce qui fait la richesse de notre expertise car nous avons une vision d’ensemble de ce qui se passe en archéologie subaquatique !
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