Série «10e anniversaire»

Il était un petit navire… à voile et de commerce international nommé Scotsman

Par Daniel Laroche et Vincent Delmas, IRHMAS

Voir la mer au Bic, près de Rimouski, au Québec, et en éclairer le passé maritime, voilà comment les chercheurs de l’IRHMAS, l’Institut de Recherche en Histoire Maritime et Archéologie Subaquatique, ont abordé et intitulé les recherches pluridisciplinaires entreprises dans cette zone.

Pour ce faire, ils se sont associés avec d’autres scientifiques de l’Université du Québec à Rimouski (UQAR-ISMER) et cela grâce au soutien du Réseau Québec maritime et du ministère de la Culture et des Communications du Québec. C’est en 2019 que cette collaboration est établie pour explorer au moyen de levés sonar, de relevés magnétométriques et de carottages les environs des îles du Bic. Les nombreux accidents maritimes survenus dans ce secteur figuraient parmi les principaux objectifs de ces recherches. Cette collaboration n’a pas conduit à de nouvelles découvertes, mais elle a été suivie de deux autres interventions en plongée en vue d’entreprendre la documentation archéologique d’une épave déjà connue et identifiée depuis quelques années dans cette zone : le Scotsman. 

Entreprises dans un premier temps, les recherches archivistiques ont permis de retracer l’histoire de ce petit navire de commerce appartenant à des marchands écossais. Des documents conservés en Écosse confirment la construction du Scotsman en 1835 ainsi que son naufrage près du Bic en novembre 1846. Un journal montréalais de l’époque rapporte que le Scotsman quitte Montréal le 6 novembre à destination de Liverpool, en Angleterre. Ses cales sont chargées de tonneaux de blé et de farine ainsi que de bois brut et des pièces (douves) destinées à la fabrication de tonneaux. 

Titre : Un brick (à droite) dans le port de Montréal. Extrait d'une gravure de William Henry Bartlet, 1841. Crédit : https://collections.banq.qc.ca/ark:/52327/1996199
Titre : Vue d’un point d’échouage sur le Saint-Laurent à Montréal en 1847 par Andrew Moriss. Ce même paysage prévalait à l’automne 1846 lorsque le Scotsman chargeait des marchandises à destination de Liverpool. Sur la droite l’île Sainte-Hélène. Crédit : Andrew Moriss - BAC
Titre : Vue d’un point d’échouage sur le Saint-Laurent à Montréal en 1847 par Andrew Moriss. Ce même paysage prévalait à l’automne 1846 lorsque le Scotsman chargeait des marchandises à destination de Liverpool. Sur la droite l’île Sainte-Hélène. Crédit : Andrew Moriss - BAC

Les interventions archéologiques qui ont suivi entre 2019 et 2021 ont permis de réaliser une couverture photographique et photogrammétrique partielle des vestiges et d’identifier des éléments diagnostiques encore en place (mobilier, accastillage, cargaison) , dans des conditions de plongée restrictives et plutôt difficiles. Néanmoins, des images transmises par des plongeurs locaux ont permis de compléter la documentation et de comparer l’évolution du site archéologique. Ces différents médias, confiés aux spécialistes du Centre de développement et de recherche en intelligence numérique (CDRIN), ont été traités afin de reconstituer des portions de la structure externe du navire afin d'en produire des modèles tridimensionnels et d'en améliorer la restitution visuelle au moyen de l'intelligence artificielle. Cette démarche met également en évidence les perspectives de recherche au sujet de sa construction, sa cargaison, les conditions de vie de l’équipage et sa conservation, pour n'en citer que les principales.

Les travaux ont également démontré que les parties basses de la coque, sur une longueur d’environ 23,5 mètres, demeurent exceptionnellement bien conservées à près de 30 mètres de profondeur. Les archéologues ont documenté plusieurs éléments remarquables, dont des ancres, un guindeau, des sections de mâts et des portions du revêtement métallique de type Muntz qui protégeait la coque contre les organismes marins.

À la suite de ces travaux, il y aurait lieu de poursuivre les recherches étant donné la nature exceptionnelle des vestiges, la menace pour leur intégrité (l’avant du navire se disloque graduellement) et les risques associés à de possibles pillages. Ces interventions devraient comprendre la prise de mesures d’autres éléments structurels diagnostiques ainsi que divers échantillons de bois du navire et de la cargaison à des fins d’analyse, l’exploration du champ de débris adjacent et l’éventuelle réalisation de quelques sondages archéologiques.

Le Scotsman constitue aujourd’hui l’un des témoins les mieux préservés de la navigation commerciale à voile sur le Saint-Laurent au milieu du XIXe siècle. Les recherches menées par l’IRHMAS et ses partenaires démontrent tout le potentiel scientifique, patrimonial et technologique qu’offre encore cette épave exceptionnelle.

Le projet Voir la mer a été financé par les programmes Odyssée Saint-Laurent, et de Valorisation scientifique du Réseau Québec maritime (RQM) ainsi que du volet d’Aide aux projets du Ministère de la Culture et des Communications. Initié en 2019, il s’agit d’un partenariat scientifique unissant l'UQAR-ISMER, le CIDCO, le CDRIN, Super Splendide et l’IRHMAS.