Série «10e anniversaire»
10 ans de recherche sur l'épave du Fort Saint-Jean
Par: Marijo Gauthier-Bérubé, IRHMAS
Depuis 2016, le Musée du Fort Saint-Jean et l’IRHMAS collaborent dans le cadre d’un projet archéologique subaquatique dans la rivière Richelieu. Ce projet a connu une première phase de 2016 à 2021, avant d’être relancé pour une seconde phase de fouille depuis 2023 jusqu’en 2030. Trois sites archéologiques ont pu être documentés : un quai de la fin du 18e siècle (BhFh-9), une structure d’appontement du 20e siècle (BhFh-13) et une épave datée provisoirement de la fin du 18e siècle – début du 19e siècle (BhFh-14) dont la fouille est toujours en cours.
Depuis le premier peuplement de ses rives, la rivière Richelieu représente un passage important entre le fleuve Saint-Laurent au nord et le lac Champlain au sud. Autrefois appelée la rivière des Iroquois, puis la rivière Chambly, la Richelieu a une position stratégique entre la Nouvelle-France et la Nouvelle-Angleterre, mais aussi entre le Canada et les États-Unis. Riche en ressources naturelles, elle est une importante voie de communication et un axe majeur de circulation pour les Premières Nations, puis les populations européennes. Pour ces dernières la rivière Richelieu est une voie d’exploration, puis une voie commerciale pour la traite des fourrures, et surtout, un vaste poste avancé défensif et frontalier durant tout le 17e et le 18e siècle. Puis, avec l’industrialisation, la rivière Richelieu devient un axe commercial avec les États-Unis, ce qui entraîne l’essor de la ville de Saint-Jean. La construction de lignes de chemin de fer reliant les États-Unis à Montréal finit par éliminer le transport sur la rivière, de sorte que, à la fin du 19e siècle et au début du 20e siècle, la région change de vocation économique alors que le site du fort Saint-Jean devient un lieu de formation pour les régiments.
Les découvertes dans la rivière Richelieu témoignent de cette riche histoire qu’entretient le fort Saint-Jean avec la rivière Richelieu. Parmi les trois sites documentés dans ce projet, deux sont des quais ou structures d’appontement pour les navires. Le site BhFh-9 était déjà connu, il avait été documenté en 1980 et les artefacts constituent aujourd’hui en partie la collection du Musée du Fort Saint-Jean. Le quai avait alors été interprété comme étant le résultat de deux sections construites à des moments différents, soit une section vers 1776 et une seconde entre 1809 et 1817, le tout basé sur les cartes historiques et la culture matérielle retrouvée. Nos interventions entre 2016 et 2018 auront permis de collecter des galettes de bois pour effectuer une datation dendrochronologique. Les résultats obtenus ont démontré que le quai avait été construit en une seule fois et que les arbres avaient été abattus au même moment, soit vers la fin des années 1780. La méthode de datation n’était pas disponible lors des premières interventions en 1980 et cela démontre la pertinence de revisiter des sites archéologiques déjà connus pour appliquer de nouvelles méthodes !
Un deuxième site documenté pendant le projet correspond à un amarrage privé utilisé par le commandant du Collège militaire royal de Saint-Jean au cours du 20e siècle.
Le troisième site documenté, celui de l’épave, est maintenant au cœur des dernières interventions. D’abord identifié comme pouvant être des vestiges de quais pendant une première inspection visuelle de surface en 2016, les plongées de 2017 et 2018 ont permis d’identifier le site comme étant définitivement celui d’une épave dont la datation précise reste à déterminer ! En effet, l’épave se dénote par une absence totale d’artefacts qui pourraient venir aider à situer l’épave dans le temps.
Les caractéristiques architecturales de l’épave donnent quelques indices, pointant vers la fin du 18e siècle ou le début du 19e siècle…. soit la période de construction intensive à la fois française et britannique où plusieurs dizaines de navires sont construits. Si la taille du site permet d’identifier quelques candidats possibles, il n’en reste pas moins qu’il y a de nombreux navires possibles du côté britannique et que les archives françaises restent toujours à dépouiller à ce sujet. Nous avons donc encore de belles découvertes à faire !
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